« Les Mues »

À l’origine de ma pratique, il y a le portrait. Pendant des années, j’ai peint des visages, principalement des femmes, comme autant de présences incarnées, frontales, chargées d’histoires et de silences. Ce travail, aujourd’hui reconnu, a constitué un socle essentiel de mon identité artistique. Pourtant, avec le temps, ce langage est devenu insuffisant pour dire ce qui se transformait en moi. Un déplacement s’est imposé, presque malgré moi : quitter la figure pour aller vers une forme d’abstraction habitée, moins descriptive, mais profondément signifiante.

Le projet « Les Mues » marque un passage. Il s’inscrit résolument dans une démarche contemporaine, explorant les notions de mue, d’évolution et de transformation. En tant que femme, et plus encore en tant que mère, j’ai été amenée à redéfinir ma manière de créer. Après avoir mis au monde une vie, il m’a fallu réinventer ma créativité hors de moi, dans un espace où cette métamorphose intérieure pouvait se dire autrement. Créer n’était plus seulement produire des images, mais accepter de me transformer avec elles.

Les œuvres qui composent ce projet prennent la forme de tableaux. Elles sont constituées de l’assemblage de milliers de fragments de toile découpés, patiemment collés, superposés, réorganisés. À l’origine, j’utilisais des toiles peintes il y a des années, certaines laissées en attente trop longtemps dans l’atelier, comme endormies. Les déconstruire est devenu un acte nécessaire : transformer cette mise en sommeil en une mue artistique, accepter de défaire pour pouvoir renaître.

Quand l’image précède la matière

En parallèle des œuvres issues du recyclage, une autre partie de cette série naît d’une image intérieure, d’une intuition qui s’impose comme une évidence. Ces œuvres ne partent pas d’une matière préexistante, mais d’un moment de vie, d’une émotion intense, parfois fugace, parfois trop longue, que je cherche à fixer sans la figer. L’image initiale n’est jamais narrative : elle est volontairement ouverte, composée de tensions, de rythmes et de silences, afin de permettre plusieurs niveaux de lecture. Elle agit comme un point d’ancrage émotionnel, un instant suspendu où se croisent l’intime et l’universel. À travers l’abstraction, je tente de retenir la trace de ce moment. Non pas son souvenir exact, mais ce qu’il laisse dans le corps et dans la matière, offrant au regardeur la possibilité d’y projeter sa propre expérience.

Chaque œuvre est une métaphore visuelle du renouveau. La lumière qui glisse sur les reliefs, les couleurs qui se mêlent, les strates visibles ou enfouies racontent des histoires de passage, de croissance, de réinvention. Ces couches ne cherchent pas à dissimuler les étapes précédentes, mais à les intégrer. Elles témoignent du fait que grandir, évoluer, c’est accepter de porter en soi les traces de ce qui a été, tout en laissant émerger ce qui est en train de naître.

 

Déjà exposé à Paris et au Luxembourg, le projet poursuit aujourd’hui son évolution et prépare une nouvelle exposition, prolongeant cette recherche autour de la transformation.

Pour toute question sur ce projet vous pouvez contacter l’artiste via le formulaire de contact